Utilisation de Dioptec (Dr Roncin)
EXPERIENCE PERSONNELLE DE L’UTILISATION DE DIOPTEC
Entretien avec le Dr RONCIN - RENNES
Paru dans Réflexions ohptalmologiques
Dr Stéphane RONCIN, vous avez vous même introduit la prescription de certains compléments alimentaires dans votre pratique quotidienne, notamment dans le domaine de la sécheresse oculaire, depuis quand et pourquoi avez-vous recours à ces produits ?
S.R : Depuis déjà de nombreuses années, à la consultation de l’œil sec , des patients me demandaient quel régime était susceptible d’améliorer leur statut lacrymal ou la maladie responsable de leur sécheresse oculaire, certains d’entre eux avaient déjà entendu effectivement parler de l’influence de l’alimentation dans le Cancer, des affections inflammatoires comme la Polyarthrite rhumatoïde. Beaucoup de ces patients sont de surcroît âgés et donc carencés en protéines, vitamines et oligo-éléments. Depuis 3 ans j’ai pris l’habitude d’adjoindre à ma prescription médicamenteuse “classique” du DIOPTEC, qui constitue un complément alimentaire intéressant dans l’œil sec.
Pouvez-vous en quelques mots nous donner la composition de ce produit ainsi que ses effets biologiques ?
S.R : DIOPTEC est un complément alimentaire naturel indiqué dans le syndrome de l’œil sec. Il s’agit d’un traitement de fond qui, délivré per os, participe à la restauration du débit lacrymal. DIOPTEC agit aussi sur la qualité du film lacrymal. Il s’agit de l’association d’huile d’onagre, de bêta-carotène (vitamine A), de vitamines B6, B12, C, et E, d’huile de saumon, de sélénium, de Zinc. Du point de vue quantitatif, l’action sécrétagogue s’exerce par stimulation métabolique endogène de la prostaglandine E1 (PGE1), elle même capable de stimuler le flux lacrymal 2 . Ce sont principalement la vitamine C, la pyridoxine (B6), et surtout les acides gras polyinsaturés essentiels tels que l’acide linoléique et l’acide gammalinoléique contenus en fort pourcentage dans l’huile d’onagre, qui servent de précurseurs à la synthèse endogène de PGE1. Du point de vue qualitatif, les oligoéléments de DIOPTEC (Zn, Cu, Mn) ainsi que les vitamines A, C et E qu’il contient sont susceptibles d’améliorer la trophicité et par voie de conséquence la fonction des cellules épithéliales et des cellules à mucus (goblet cells). Enfin ce produit est également intéressant par ses propriétés anti-oxydantes qui visent à lutter contre le stress oxydatif.
Ne s’agit-il pas plutôt d’une “mode” thérapeutique s’inscrivant plus largement dans le cadres des médecines douces, naturelles ou du “tout biologique” ?
S.R : Non, je ne suis pas de cet avis, le rôle de l’environnement est fondamental en médecine et ce fait est reconnu unanimement de nos jours. Parmi ces facteurs environnementaux on reconnait les micro-organismes, le climat ( qui influence beaucoup les signes fonctionnels dans l’oeil sec ), le stress, l’alimentation. C’est d’ailleurs bien souvent la conjonction de plusieurs de ces facteurs qui aboutit à la stimulation ou à l’inhibition d’évènements biologiques et physiologiques au sein de l’organisme. L’oeil et notamment le système lacrymal n’échappe pas à ces règles.
La prescription de compléments nutritionnels tels que DIOPTEC repose-t’elle sur des bases scientifiques ?
S.R : Bien entendu, DIOPTEC a été élaboré à partir d’une première constatation publiée par Horrobin et Campbell en 1980 2.
Ces auteurs ont mis en évidence un déficit de synthèse de PGE1 au cours
du syndrome de Gougerot-Sjögren (SGS), de même un déficit en vitamine C
semble aggraver la maladie, cette vitamine étant un co-facteur
important de la synthèse de PGE1.Dans un premier temps ces auteurs ont
pu corriger les anomalies immunologiques chez la souris NZB/W (modèle
murin du SGS) par administration de PGE1; puis ils ont démontré qu’une
supplémentation alimentaire naturelle chez l’homme, en huile d’onagre
(riche en acide gammalinoléique précurseur de la PGE1), Vitamine C et
B6, permettait de doubler la production lacrymale après 2 mois de
traitement chez 13 des 17 patients atteints de KCS (2/3 de SGS).
Après ces premiers résultats très encourageants, une série d’étude plus
récentes a permis de démontrer le rôle du stress oxydatif au cours du
syndrome sec oculaire et d’avancer l’hypothèse du rôle thérapeutique
des anti-oxydants tels que ceux rentrant dans la composition de DIOPTEC
(levure sélénisée, Vitamine C et E, caroténoïdes). La publication de
Patel et col. 4
est à ce titre très interessante, ces auteurs ont en effet démontré en
1993 sur un échantillon de 60 sujets sains qu’une supplémentation
alimentaire en vitamine C seule, ou par une association d’oligoéléments
et de vitamines A, B1, B2, B6, E, augmentait significativement le
stabilité du film lacrymal notamment pour le deuxième groupe.
Quel est le substratum physiopathologique de cet effet stabilisant du film lacrymal ?
S.R : Amemiya 3 a étudié l’effet des vitamines et oligo-éléments sur les tissus oculaires chez le rat et la souris. Il en ressort qu’un déficit en Zn, Cu, Mn et vitamines A, C et E induisent une diminution de la densité en cellules à mucus conjonctivales ainsi qu’une perte des microvillosités et microplis des cellules épithéliales conjonctivales et cornéennes. Le tapis microvillositaire qui, rappelons le, à une hauteur comprise entre 0.5 et 3 µm, a pour vocation d’augmenter la surface d’échanges de la cornée et participe à la stabilité du film lacrymal. Le Zinc est en outre nécessaire au bon déroulement du processus de réparation épithéliale cornéenne. Tous ces oligoéléments ainsi que ces vitamines s’intègrent à la structure des enzymes à de multiples étapes des processus biologiques, ils ont donc une incidence sur la synthèse ou la répression de multiples substances. Les éléments cités plus haut préviennent la peroxydation des lipides membranaires cellulaires ainsi que des lipides de la couche superficielle du film lacrymal. Notons enfin que certaines vitamines ont une affinité toute particulière pour les cellules épithéliales ainsi que les fibres nerveuse qui interviennent dans la régulation du film lacrymal.
Concernant à présent plus spécifiquement le syndrome de Gougerot-Sjögren (SGS), a-t’on des arguments en faveur d’une efficacité de DIOPTEC ?
S.R : Selon Horrobin et Campbell 5, un déficit en PGE1 serait un des éléments clé de la physiopathologie du SGS. Bien que cette hypothèse ne fasse pas, loin s’en faut, l’unanimité, la PGE1 joue un rôle néanmoins important dans la sécrétion lacrymale et salivaire ainsi que dans la fonction des lymphocytes T. Il est en revanche acquis que la destruction tissulaire est médiée par les lymphocytes T CD4 activés qui migrent au sein du parenchyme lacrymal sécrétoire. Des études cliniques contrôlées réalisées chez l’homme ont démontré l’efficacité de la supplémentation alimentaire en acide gamma-linoléique chez des patients atteints de SGS et de sclérodermie. Oxholm 6 a démontré par ailleurs que la composition en acides gras essentiels (AGE) de la membrane des cellules mononuclées du sang circulant était significativement diminuée chez les malades par rapport aux témoins, et qu’il en allait de même de l’activité des cellules NK ( les lymphocytes NK sont impliqués dans la cytotoxicité vis à vis des cellules tumorales, infectées…) avant et après stimulation.
Quelles sont pour finir les modallités de prescription de DIOPTEC ainsi que ses indications en ophtalmologie ?
S.R : Ce complément alimentaire se prescrit en traitement d’attaque à 4 capsules par jour en 2 prises pendant une période de quelques semaines, la dose d’entretien (2 capsules par jour en 2 prises) peut être prescrite de façon prolongée sur plusieurs mois. Personnellement je préfère prescrire des cures de 3 à 4 semaines espacées de 1 à 3 mois, leur fréquence étant adaptée à la symptômatologie. Bien entendu, une prescription continue peut être utile chez le sujet âgé polycarencé atteint souvent de surcroît de cataracte et de dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA).Ces 2 dernières pathologies seraient en effet prévenues par la prise régulière d’agents anti-oxydants, leur utilisation est dèjà largement répandue outre-atlantique.Concernant l’oeil sec, DIOPTEC peut être prescrit à tous les stades évolutifs de la maladie et quelle qu’en soit l’étiologie, il ne présente en outre aucune contre-indication et ne génère aucun effet secondaire. Il s’agit pour moi d’un exellent traitement adjuvant, prescrit en association avec un traitement topique adapté.
1 Bjerrum K.B.
Keratoconjunctivitis sicca and primary Sjôgren’s syndrome in a Danish population aged 30-60 years.
Acta Ophthalmol Scand 1997; 75 : 281-286.
2 Horrobin D.F, Campbell A.
Sjögren’s syndrome and the sicca syndrome : the role of prostaglandin E1 deficiency. Treatment with essential fatty acids and vitamin C.
Med Hypotheses 1980; 6 : 225-2323 Amemiya T.
The eye and nutrition.
Nippon Ganka Gakkai Zasshi 1999; 103 : 829-850.4 Patel S, Plaskow J, Ferrier C.
The influence of vitamins and trace element supplements on the stability of the precorneal tear film.
Acta Ophthalmol 1993; 71 : 825-829.6 Oxholm P, Pedersen B.K, Horrobin D.F.
Natural killer cell functions are related to the cell membrane composition of essential fatty acids : differences in healthy persons and patients with primary Sjögren’s syndrome.
Clin Exp Rheumatol 1992; 10 : 229-234.5 Horrobin D.F.
Essential fatty acid and prostaglandin metabolism in Sjögren’s syndrome, systemic sclerosis and rheumatoïd arthritis
Scand J Rheumatol Suppl 1986; 61 : 242-245.