Les antioxydants sont des molécules qui ont le potentiel de prévenir la formation de radicaux libres.

L’usage de suppléments diététiques pour traiter les anomalies du film lacrymal commence à susciter de l’intérêt dans le domaine scientifique. Tout récemment, une recherche a tenté de déterminer si un mélange de vitamines antioxydantes administré oralement avait un effet définitif sur la stabilité du film lacrymal et sur l’état de la conjonctive.

Les résultats obtenus démontrent que des patients atteints d’un syndrome de l’œil sec marginal traités par suppléments vitaminiques (vitamine A,C,E, zinc et sélénium) pendant 1 mois présentent une amélioration significative de la stabilité du film lacrymal, une augmentation de la densité des cellules à mucus et une réduction de la métaplasie squameuse au niveau de la conjonctive.

La vitamine A
L’avitaminose A est la cause principale de cécité infantile dans les pays sous-développés. Cette vitamine permet la différenciation et le maintien de la couche muqueuse, préservant ainsi les cellules globulaires et prévenant la métaplasie squameuse. De plus, elle prévient la peroxydation des lipides membranaires par sa capacité de récupérer les radicaux peroxyl.
La provitamine A permet aussi de prévenir le stress oxydatif causé par les rayons U.V.

La vitamine C
L’acide ascorbique (vitamine C) détruit les radicaux libres dérivés de l’oxygène tels les hydroxyles et les superoxydes. Il joue aussi un rôle important de protection contre l’ozone.

La vitamine E
L’alpha-tocophérol (vitamine E) est un antioxydant liposoluble qui agit surtout au niveau du plasma sanguin. La vitamine E permet aussi le recyclage de la vitamine C.

Le zinc
Le zinc est un stabilisateur des membranes phospholipidiques. Il est aussi un co-facteur de la synthèse protéinique et doit être présent lors de la formation de lactoferrine et de lysozyme. Il joue donc un rôle antibactérien. Finalement, une déficience en zinc inhibe le transport du rétinol.

Le sélénium
Le sélénium contribue à réduire le peroxyde en eau et il rend inactif via la glutathioneperoxydase/réductase les radicaux libres ayant diffusé dans la couche aqueuse. Les mécanismes d’action de la vitamine E dépendent du sélénium.

Seul un apport synergique et simultané des 5 meilleurs antioxydants
permet de protéger efficacement les cellules

La péroxydation lipidique des larmes
On observe que, dans une condition d’œil sec, le film lacrymal est incapable de rester intact entre les clignements. Les mécanismes du bris lacrymal ainsi que les principes de la stabilité du film restent quelque peu énigmatiques. Certains critères doivent cependant être satisfaits afin d’assurer la stabilité du film.

  • L’évaporation dépend directement de la structure de la couche lipidique ; des lacunes au niveau de celle-ci sont donc souvent associées à un œil sec.
  • La couche muqueuse, produite par les cellules globulaires de la conjonctive, est en contact direct avec l’épithélium cornéen, dont elle contribue à mouiller la surface.
  • L’adhésion épithéliale est aussi requise à cette fin. Finalement, la viscosité de la couche aqueuse et les protéines de cette couche assurent elles aussi la stabilité du film.

La maladie du syndrome de l’œil sec évolue selon quatre étapes :

Étapes dans l’évolution du syndrome de l’œil sec
1. La diminution de production de larmes résulte en une augmentation de l’osmolarité du film lacrymal à des niveaux toxiques pour l’épithélium cornéen
2. En réponse à l’osmolarité élevée, les cellules globulaires sécrètent le mucus en quantité élevée, mais elles s’épuisent rapidement. Il en résulte une diminution de la densité des cellules à mucus et une diminution du glycogène cornéen.
3. Les cellules superficielles et épithéliales de la cornée desquament et il y a perte des jonctions étanches. L’épithélium ne peut plus jouer son rôle de barrière.
4. L’équilibre de l’interface cornée-larmes est brisé.

Une voie majeure pour lutter contre la sécheresse oculaire est donc de restaurer la qualité des larmes. En effet, le film lacrymal est instable parce que 2 des couches qui le composent, la couche lipidique et la couche muqueuse sont agressées par les radicaux libres qui leur font perdre leur intégrité. Elles ne jouent alors plus leur rôle de barrière : il y a évaporation et, simultanément, perte du pouvoir lubrifiant.

Les antioxydants sont normalement contenus en grande quantité dans l’œil et l’appareil lacrymal. Cependant, en cas de syndrome sec il y a carence en antioxydants.

Une supplémentation alimentaire en antioxydants permet de limiter la péroxydation lipidique des larmes, et donc de limiter l’évaporation et de rendre aux larmes leur pouvoir lubrifiant.

Références
The influence of vitamins and trace element supplements on the stability of the pre-corneal tear film.
Patel S, Plaskow J, Ferrier C
Department of Vision Sciences, Glasgow Caledonian University, Scotland, U.K.
Acta Ophthalmol (Copenh) 1993 Dec;71(6):825-9
The tear stability af 60 normal healthy subjects was measured and repeated 10 days later. Using a double-blind protocol, during the interim period 2/3 of the subjects (the treatment groups) took a commercially available daily dietary supplement and the remaining 1/3 acted as controls. The recommended daily dose was applied to the treatment groups. 20 of the treatment group took a daily dietary supplement of a mixture consisting of vitamins (e.g. A, B1, B2, B6, E) and trace elements (e.g. calcium iron, manganese), the other 20 took purely vitamin C tablets. The tear stability of both treated groups increased, however, the multi-vitamin and trace element group demonstrated the more consistent and individually predictable improvement. Within this group, the characteristics of the regression line correlating the initial mean (x) and final mean (y) tear stabilities were, y = 5.94 + 1.02x. The tear stability of the control group individuals did not significantly change.